Je me suis rendue compte qu’une paire de Louboutin pourrait me faire oublier toute la misère du monde et adopter définitivement les talons de 12. Bien que pour l’instant, j’aime être en Converse et observer en ricanant les minettes crapahuter avec difficulté dans les graviers du parc Monceau.
Mais ce dont je voulais vraiment m’entretenir aujourd’hui, c’est le fait que tout le monde me casse les couilles avec mes cheveux. Vaste sujet que cet attribut typiquement féminin ultime. J’ai coupé court il y a un an (mai 2008) après avoir fait passer ma chevelure par toutes les tortures possibles et imaginables. Car comme beaucoup de filles aux cheveux frisés, j’ai subi la dictature du lisse dans sa plus implacable version: combien de brushings, de lissages avec plaques et de tirages en arrière ? Mais surtout, combien de défrisages à base de soude pour masquer/éliminer la nature de mes cheveux ? Je ne les compte même plus. La cerise sur le gâteau étant que ces « traitements » chimiques (défrisage essentiellement) sont hautement agressifs et dénaturants, une catastrophe sur la durée pour les cheveux. A titre d’exemple, c’est à peu près comme si on demandait aux filles aux cheveux raides de se masser du desktop sur la tête afin d’avoir une autre nature de cheveux qui serait plus « acceptable » en société.
Quand j’entends prononcer le mot « crépu » d’un ton condescendant, comme une injure (et ça arrive plus souvent que je ne le voudrais en ce moment) je me sens obligée de rappeler qu’il s’agit d’une nature de cheveux à part entière. Oui, avec ses spécificités, sa beauté particulière. Quand je lis dans une revue spécialisée dans les cosmétiques qu’on évite la mention « crépue » sur les produits car c’est jugé « péjoratif », je me sens insultée.
Les cheveux crépus poussent en volume, et non pas en longueur.
Les cheveux crépus qui ne vivent pas au soleil ont besoin de beaucoup de soins hydratants et nourrissants. Les cheveux crépus ne sont pas sales, n’ont pas besoin d’être « lissés », « domptés » ou « assouplis » pour être beaux. Traditionnellement, les femmes africaines se tressent les cheveux entre elles, tel un acte de sociabilité. Les cousines coiffent les sœurs, la créativité et le contact humain sont deux précieux dons que les cheveux crépus ont amenés dans la civilisation afro.
Depuis plus d’un siècle, on a fait comprendre aux Noirs que leur nature -peau, cheveux- n’était pas acceptable. On leur a intimé de s’éclaircir la peau, de se défriser les cheveux, de gommer leurs caractéristiques physiques et tout ça pourquoi ? Pour ressembler et se rapprocher le plus possible du blanc, dans le fol espoir qu’un jour, il l’accepterait et le traiterait comme un « frère ». Le problème, c’est que n’est jamais arrivé et que ce n’est pas prêt d’arriver. Quand je vois ces pauvres filles aux cheveux brûlés par la soude, aux racines brûlées, et à la peau constellées de tâches par l’utilisation de crèmes éclaircissantes cancérigènes, oui, je me sens blessée dans ma chair et niée dans mon individualité.
Ma petite sœur ne s’est jamais défrisée, elle a de magnifiques cheveux crépus longs et rayonnants de santé. Les blancs adorent toucher ses cheveux, ses copines s’extasient, et objectivement, c’est une très belle jeune fille de 17 ans. Alors, quand ces mêmes blancs n’ont de cesse de me dire que j’étais « mieux », « plus jolie », « plus sexy » avec mes cheveux raides et brûlés, ça m’énerve, oui. Je suis sortie de cette aliénation avec tellement de difficultés et de combats intérieurs, tellement de souffrances et de culpabilités dans ma jeunesse, que je n’ai effectivement pas besoin que des blancs qui ne vivent pas (même de très loin) ces problèmes me poussent à me dénaturer pour leur ressembler et être acceptée « physiquement » par eux.
Fuck off. Le pot de soude ne passera pas par moi. Je ne me ferai plus de mal pour renier mes caractéristiques naturels. End of story.

A part ça, The Hangover est n°1 au box office US depuis sa sortie. Et ça, c’est la nouvelle qui fait plaisir (contrairement aux 1M d’entrées de Coco).


