On ne peut pas dire que mon cœur n’a pas fondu comme du sucre quand une douzaine de gosses est venue en courant me demander mon adresse msn à la fin de la colonie de vacances que j’avais animée. « C’EST TROP MIGNOOOON !!! », me suis-je exclamée en les prenant tous dans mes bras (j’ai le bras long). Ce que je ne savais pas, c’est que quelques jours plus tard, ça allait être la porte de l’enfer ouverte à toutes les fenêtres msn.
Je ne suis pas une fille très msn. Si vous m’avez en contact, vous le savez déjà: je me connecte en moyenne 32 minutes par semaine. J’ai systématiquement l’impression de perdre mon temps, d’être obligée de me circonvoluir [néologisme dominical here] en excuses juste pour aller faire pipi en mangeant un carambar, ou encore de devoir faire passer l’ironie par moults « haha » (= le « lol » des adultes). Msn m’ennuie.
Donc bon, rentrée en Sarkozie, je me dis « Faisons un effort, ouvrons-nous à la nouvelle génération ». Le premier soir, attaque en masse: une pluie de demandes m’assaille trois secondes après avoir cliqué sur « Connecter ». Dans ma grande bonté de cœur et mansuétude, j’accepte tout le monde. Et là, l’engrenage m’attrape par le tee-shirt, c’en est fait de ma (relative) tranquillité virtuelle: je suis conviée à une « conversation » à plusieurs (six personnes), constellée de smileys hystériques purulents qui rendent toute compréhension de phrase impossible. Les participants sont, chose somme toute normale et mignonne, extrêmement excités et se rappellent tous les détails du voyage (« Tu te souviens quand Melveen il a hurlé « Les monos à pooooil » ? C’était trop bien ! »).
Sauf qu’ils sont tous excités en même temps, qu’ils ont tous des avatars avec la tête des candidats de Secret Story, que leurs polices grasses vont du rouge pétant au vert fluo acide et que « le langage sms c’est mieux parce que ça va plus vite ».
Alors pendant ce temps-là, à Vera Cruz, je lance un épisode de Breaking Bad (excellente série, mangez-en) en attendant que l’orage se passe. 10 minutes plus tard, la fenêtre clignote toujours, épileptique. Mais plus personne ne parle. Quand je pense la tempête terminée, il n’en est rien, Emma a encore quelque chose à dire.
emmaramis dit :
;D
g f1!
c c l
en pluss j v pitetr alé o mc Do!
un bn mc fleuri
huummmm
Conclusion: Ma perplexité à l’égard de cette nouvelle génération qui envoie l’orthographe sur les roses n’a d’égale que le temps passé en dehors de msn qui m’attend. [instant poétique du dimanche]