Vendredi dernier, tandis que ma collègue Céline procrastinait allègrement sur Farm Town (l’application Facebook où tu peux planter tes carottes et voir ta vie défiler sous tes yeux tellement ça sert à rien), j’essayais quant à moi d’hypnotiser les néons par la force seule de mon esprit. Lorsque j’ai compris que je n’y arriverai pas (ça m’a pris un peu de temps), le stagiaire du service communication est descendu tel le Petit Jésus, les bras remplis non pas de fèves mais de presse féminine rutilante.
Nous fumes donc tirées de notre coma profond en plongeant avec délices dans les dernières éditions de Elle, Voici, Biba, Cosmo et Gala. Gala ? Ouais, Gala. Pas vraiment le genre de parution que je mettrais dans mes toilettes, ça. Trop de couvertures clinquantes à base de « SUBLIIIIME CARLA » et de « CLAIRE CHAZAL: UNE FEMME LIIIIBRE ». Du coup j’ai tendance à préférer les éditions vintage de Picsou Magazine ou de Minnie Mag dont j’étais hardcore fan à 8 ans, mais ceci est une autre histoire. Je lisais donc distraitement Gala qui revenait, avec force pompons et trompettes, sur la mort accidentelle de Filip Nikolic le 2be3 (là aussi, je me dois de sauvegarder ma réputation en soulignant que je n’ai jamais, au grand jamais, aimé les boys bands et ai été une précoce partisane des Spice Girls), quand soudain, à quelques pages de la fin, je tombe sur un jeu concours.
C’est une question de principe, presque une profession de foi, pour moi de ne jamais participer aux jeux concours, principalement parce que quoiqu’il arrive je ne gagne jamais rien. Genre même le shampooing Fructis 50 cl, c’est non. Alors les concours Oui FM, n’en parlons pas, j’ai encore le concert de The Gossip et la soirée SFR en travers de la gorge. Mais dans l’euphorie du moment, j’ai lu la page du jeu concours Gala, qui consistait en un « défilé de mode des jeunes espoirs du cinéma français habillés par les jeunes espoirs de la mode » offert aux 20 premières lectrices qui appelleraient.
Ok, why not après tout ?
Nous appelons donc Laurence, dont le numéro figure en bas de la publicité, et qui d’une voix pâteuse (c’était l’heure de la pause déjeuner) nous répond qu’il reste effectivement effectivement des places ! Le moment de WINZ passé, je lui en demande donc une gracieusement, qu’elle m’accorde tout aussi gracieusement. A peine avais-je raccroché que Céline était déjà en train de composer le numéro pour réclamer la dernière place restante. Enfin la roue tournait, nous aussi pourrions enfin connaître les joies de la vraie vie de la haute classe parisienne ! Finies les courses à Barbès !
Hier soir donc peu avant 20h, nous nous retrouvons au métro Parmentier, Céline à l’heure, moi un peu bourrée car j’avais bu une pinte à l’UFO avec Diane une demi-heure avant et que ça faisait plus d’une semaine que je n’avais pas touché une goutte d’alcool (ça pardonne pas). Nous montons allègrement dans le 96 en fantasmant à l’avance sur le défilé et blaguant sur les passagers, essentiellement des vieux et vieilles qui revenaient du Franprix avec des sacs pleins de yaourts 0%. Quand soudain… POUET POUET. Le bus se retrouve coincé sur la route à cause d’un camion garé un peu trop sur le milieu de la droite, comme Bayrou. Dix minutes plus tard, nous sautons du marche-pieds et allons prendre le métro à Filles du Calvaire en insultant ces foutus péquenots de la RATP et aussi ceux qui ne savent pas se garer.
Nous arrivons aux alentours de 20h30 au Bon Marché, parmi les few happy people eux aussi conviés à cette sauterie bon chic bon genre. Environ une centaine de personnes se presse devant les portes nettoyées au cif saveur pin du grand magasin parisien. Et c’est là que ma compère et moi, trop éberluées pour en croire nos mirettes, sommes malgré nous emportées dans une étude sociologique grandeur nature.
Je m’explique ; la composition de la foule ressemble à quelque chose de ce genre:
- 65% de journalistes: par là j’entends le staff de Gala -principalement féminin-, les journalistes web, les stagiaires recrutés au culot (« J’ai une licence de socio et je voulais travailler à Géo, mais j’ai aterri au service photo de chez Gala » – TRUE STORY)
- 20% de gros bourges issus carré d’or 16e/7e/8e/17e venus ici comme à une soirée mondaine. Il y a de la dentelle et de la fourrure, du legging et de la jupe ras-la-foufe, du talon de 12 et des cheveux brushés, de la maigreur anorexique et de la bouche gonflée, du Blackberry et de l’iPhone, du classieux et du tentative de classieux raté, de la jeune et de la vieille, de la coke et de l’héro (j’extrapole mais je dois être dans le vrai) du vieux beau et du vieux moche.
- 10% de lectrices de Gala lambda, et c’est le cœur lourd que je nous classe dans cette catégorie. Ainsi, notre première amie de file d’attente au blond un peu fade nous demande avec anxiété si des gens connus sont présents, nous informe qu’elle adorrrre Gala, et ponctue le tout d’un petit rire bovin. Oki.
- 5% de people sur le retour obligé de se mêler à la plèbe pour une sortie en semaine, la vilaine déchéance. Nos radars télescopiques ont ainsi repéré Smaïn (plus gros qu’à la tv), Cachou (Classe Mannequin style), et Lord Kossity (qu’on a pris sur le coup pour 50 cents ou Jay-Z, on savait pas trop). Que du lourd dans la place.
Je passe sous silence le quota beau gosse qui sait qu’il est beau gosse et je passe tout de suite aux nominés.
LE DEFILAY DE MAUDE
Walking on A Dream – Empire of The Sun
Une fois à l’intérieur, c’est beau et c’est tout plein de lumières, enfin c’est le Bon Marché quoi. Avec des agents de sécurité à qui on fait des blagues, et des minettes de 20 ans qui sont chargées de com’ chez Gala. La good life.
Nous errons comme deux parasites entre les bioutiful pipaule, mortes de rire, une vanne à la minute, cherchant une place. Nous nous retrouvons à côté des escalators où des femmes à extensions nous jettent des regards snobinards. Mais je m’en fous, j’ai encore un peu d’alcool dans le sang et Céline a en tant que comédienne un sens de l’humour complètement foufou, donc on rigole.
Et là, musique fashion, le défilé commence. De l’escalator monte une actrice montée sur des échasses que je me demande comment le créateur a pu penser qu’on pourrait les porter dans les transports en commun. Et c’est là qu’on se rend compte que les « jeunes espoirs du cinéma français » sont en fait:
> Roméo de Sous le Soleil (David Sarfati, mon amour de jeunesse <3<3<3 hiiiiiiiiii) (ok c'est ridicule)
> Camille de Pazzis, la peste de La Vie Devant Nous, mais siiiiiii la série des jeunes riches parigots qui se la pètent début 00′s. GENERIQUE MESDAMES ET MESSIEURS
> Fanny Krich de la sublissime série Foudre qui passe le matin sur France 2. Même ma petite sœur trouve ça nul. Et elle regarde Plus Belle La Vie, c’est dire.
> Samy Seghir, le petit rebeu du film Neuilly Sa Mère que j’ai courageusement testé pour vous sur Margaux Entertainments. Tout mimi, un peu emprunté, on avait juste envie de lui claquer deux gros bisous sur les deux joues.
> Vincent Lacoste & Anthony Sonigo, les Beaux Gosses. Seuls rayons de soleil de ce défilé de losers qui se donnent un genre dans le ridicule, ils ont joué le jeu à fond et ont tapé la pose avec regards de bellâtres au loin. Ça c’est du mannequinat !
Et puis des nobodies, comme la serveuse de la taverne dans Inglorious Basterds qui se fait tuer avec toute sa famille (Anne Sophie Franck), une fille qui a des parents farceurs (Nikita Espinasse) et une super belle black (Gina Djemba). En gros, ils avaient tous mon âge, et se prenaient super au sérieux. PARCE QU4IL Y AVAIT LA PRESSE ET CACHOU OULALA ATTENTION
Et c’est en repartant que nous avons rencontré une jeune coiffeuse du 18e arrondissement venue se mettre un peu de paillettes dans les yeux. Elle nous raconte sans sourciller qu’elle a participé au concours Top Model 2009 (en présence de Cachou, sûrement) et qu’elle a rencontré Lord Kossity qui lui a fait l’honneur d’une photo avec elle. Même si elle n’a pas été retenue au casting, vu qu’elle est trop grosse. Je précise qu’elle faisait environ 45 kg de moins que moi mais nous vivons dans un monde formidable malgré tout. Avant de partir, elle nous conseille de rester si on veut faire une photo avec Lord Kossity.
Je crois que mon plus gros regret de cette soirée restera d’avoir refusé.
Ou pas.

