Hey un titre avec Sex dedans, si ça, ça fait pas vendre, j’me rase la barbe.
En pleine seconde saison de mon marathon SATC, plusieurs constations s’imposent. Sex and The City est une comédie extrêmement drôle qui a marqué une véritable rupture dans la représentation des femmes et du sexe à la tv dans les nineties. Jusqu’ici on avait eu droit, en long en large et en travers, au traitement de la sexualité adolescente. Mais la question devenait épineuse dès qu’il fallait passer à celle des adultes, et tombait tout de suite dans le cliché du sexe « intra-mariage avec insupportable bonne dose de raison et sentiments sirupeux dedans ».
Jusqu’à ça.

Ces filles sont célibataires, se tapent en moyenne un mec par épisode -même Charlotte, et sauf Carrie qui nous pompe l’air avec Big-, ont réussi professionnellement et claquent 395$ dans des chaussures. Malgré leurs complexes face au mariage, à l’horloge biologique et à leur propre pouvoir féminin (peur d’effrayer les hommes, elles sont radicalement et incroyablement libres. Ce sont peut-être les femmes les plus libres du monde à l’époque où elles vivent.
SATC est-elle pour autant féministe ? Ici, point pub pour ma copine Lyssa: je vous renvoie à son excellent article pour pErDUSA où elle traite brillamment des contradictions de la série, en particulier de la morale ambivalente qui se dégage à la fin de la série où les héroïnes se « casent » toutes plus ou moins définitivement.
Ce qui m’amène à mon propos principal ; comme dans toutes les séries, un très fort phénomène d’identification a lieu. Dans Friends par exemple, on avait tous quelques traits de caractère de chacun des personnages: le côté psycho-rigide de Monica, la libido de Joey où le cynisme désespéré de Chandler. Ici, les personnalités des héroïnes rentrent en résonance profonde avec ma vie. Et je m’aperçois que zut, je vis presque comme une trentenaire célibattante, les Manolo Blahnik en moins.
De Carrie, j’ai la fantaisie et l’envie de ne pas perdre espoir en la nature humaine. Malgré tous les losers sur lesquels elle peut tomber, elle ne vire jamais dans le cynisme total. Elle continue de penser qu’un jour où l’autre, elle rencontrera un mec pas trop tordu, pas trop phobique de l’engagement, et pas trop éloigné de ses attentes qui saura la rendre heureuse.
De Miranda, j’ai l’ambition professionnelle dévorante et le besoin de trouver quelqu’un à ma hauteur. Sa relation avec Skippy est malsaine pour cette exacte raison: elle se sent « mieux » que lui et ne peut trouver le bonheur qu’avec un homme qui à défaut de lui être moralement supérieur, lui est au moins égal. Même si son personnage semble agressif avec les hommes et assez désabusé, au final l’inattendu Steve sait déclencher quelque chose en elle qui la rend moins insupportable. C’est vrai que quand même, Miranda est toujours dans le jugement et l’agression verbale: j’aurais difficilement pu être amie avec une fille comme elle.
De Charlotte, on a toutes un petit quelque chose. Culturellement, les filles ont été éduquées à penser comme elle. A savoir que tout ce qu’on fait pour se construire tend vers le même but: être la plus belle pour l’homme qui viendra nous sauver de notre solitude sans fond. Parfois, elle sort d’hilarants poncifs machistes lors de leurs fameux déjeuners à quatre, mais se révèle malgré tout d’une farouche indépendance dans la vie. Elle largue sans coup férir les hommes qui ne sont pas de son standing, ou trop efféminés, ou trop portés sur le sexe, ou trop cons (yay). Charlotte, c’est la vierge effarouchée qui gagne ses galons de la liberté au fur et à mesure des épisodes. L’évolution « naturelle » des filles-princesses de nos jours, en quelque sorte.
De Samantha, j’ai les fantasmes libertaires – sans les réaliser. C’est vrai quoi, dans la première saison qui d’autre qu’elle pourrait se mettre en petite culotte sur une quatre voies et demander qu’on l’embrasse ? Qui d’autre pourrait dire: « Wanna fuck ? » à son voisin de cours de yoga après avoir essayé pendant plus de deux mois de chopper (sans succès) le prof ? Qui d’autre, émoustillée par les bruits nocturnes érotiques de ses voisins, aurait l’audace d’aller les voir pour une partie à trois, puis de se raviser en constatant qu’ils sont laids ? Samantha, c’est la témérité faite femme, l’hédonisme sans concession qui nous hante toutes lorsqu’on réfléchit à ce qu’on ferait sexuellement si on n’avait aucun tabou.
Pour moi, Carrie représente donc l’amour, Miranda les besoins existentiels insatisfaits, Charlotte la fraîcheur de l’innocence et Samantha le côté tantrique des femmes.
Après ça, il ne faut pas abuser quand même: Parmentier, c’est pas encore la Cinquième Avenue.




