Aujourd’hui, parlons peu, parlons bien, parlons tyrannie du genre humain.
Je sais pas vous mais moi il y a une race, comme dirait Eric Z., qui a actuellement tendance à me porter sévèrement sur les nerfs: les Tyrans Sociaux (ou Socio Tyranaurus). Ces gens-là, c’est comme Twilight. Ils sont partout: dans la famille, dans les amis, dans les couples, sur Internet, dans tes toilettes, ils sont comme des tiques gonflées de sang qui prétendent être au-dessus de tous moralement, alors qu’ils le sont juste parasitairement.
Au delà d’une simple dialectique du maître et de l’esclave, le tyran social est cet enculé qui a besoin d’avoir un maximum de gens sous sa coupe pour se sentir puissant. Mais si, le tyran social vous le connaissez: c’est celui qui, au milieu d’un groupe en soirée, va fermement déclarer qu’il ne veut pas aller à CET endroit parce que c’est de la merde et piquer une crise pour qu’on se soumette immédiatement à sa volonté. C’est celui qui va mépriser ceux qui sont sympas avec lui, et adorer ceux avec qui il rentre en conflit. C’est celui qui ne peut vivre bien qu’en étant dans le rapport de force, avec du sang et des claques morales une fois par semaine. C’est le relou qui va mal te parler sans raison aucune mais qui va te dire que c’est parce qu’il était stressé/fatigué/énervé/rayez la mention inutile. Comme si c’était ton problème, et pas le sien. C’est aussi la personne qui aime être traitée comme un chien dans une relation en se disant que c’est ça, l’amour, le vrai. Mais qui aime aussi maltraiter les personnes qu’elle considère comme « faibles » parce qu’elles sont gentilles (horreur suprême) et par là donc du mauvais côté de cette logique de domination/soumission.
Dit comme ça, c’est le genre de personne qui devrait être totalement isolée, car le bon sens commun veut que l’on fuisse loin lorsqu’on aperçoit un sociopathe. C’est sous-estimer grandement la puissance de l’instinct de masochisme tapi au fond de chacun d’entre nous.
Les tyrans sociaux sont généralement entourés, admirés, voire respectés par une majorité de leur entourage. On les considère comme ayant du caractère, ne se laissant pas faire, étant francs et directs. Jamais on ne les prend pour ce qu’ils sont réellement: des imposteurs, apeurés d’être moralement pris en défaut, et torpillant les autres avec une soi-disant supériorité mentale qui cache le fait qu’au-delà de ces artifices et de ces jeux de miroirs, il n’y a pas grand-chose de concrètement valable. Pour peu qu’on soit quelqu’un d’ouvert, on se prend même à les accepter tels qu’ils sont, avec ce que l’on pense être un défaut mineur. « Il faut le/la connaître », dit-on aux personnes à qui l’on en parle. « Il ne faut pas la/le contrarier », pense-t-on secrètement lorsqu’on subit un de leurs pétages de plombs. Et ainsi, la réalité se trouve inversée: on se dit qu’on peut bien accepter ça en échange de l’amitié ou de l’amour d’une personne de cette valeur. Car un tyran social, c’est quelqu’un qui ne s’acquiert pas facilement. Qui sort les dents à des moments qu’on ne peut pas prévoir à l’avance: on se sent spécial, d’avoir dompté quelqu’un comme ça. On doit l’être, non ?
Ainsi donc, les tyrans sociaux sont les profs de danse d’un tango infernal et torturé. Et le cours trouve toujours des élèves à recruter. Il est là, le problème majeur de toute cette histoire – somme toute assez banale. Le tyran est dérangé psychologiquement, mais pas comme le fou qui danse sur le banc qui vient d’être repeint en vert. Le tyran est nocif. Il attaque votre confiance en vous, le respect que vous vous portez, vos idées, votre culture, vos émotions. Il vous fait croire qu’il vaut mieux que vous parce qu’il sait mieux s’exprimer, que par conséquent vous lui devez le respect. Il vous donne à penser que vous ne pouvez pas vivre sans lui. Il se sustente de votre force vitale, des efforts que vous mettez dans le fol espoir de lui plaire, le contenter, lui arracher un sourire ou une confidence. Car sans vous, que lui reste-t-il ? Sa bonne vieille haine viscérale de lui-même. Et personne ne veut vivre avec ça.
Les tyrans sociaux ne passeront plus par moi. Je dégagerai sans sommation aucune de ma vie les baltringues qui s’adonnent encore à ce genre de pratique en 2010.