Heures de sommeil: 9h30
Mégarelou man est dans la place.
J’appelle le Fongecif pour parler pépettes & paperasse, du genre « je reçois quand les papiers à envoyer à mon employeurs ? », « est-ce que je toucherai les heures supplémentaires que j’effectue actuellement ? » et je tombe sur Robert, 44 ans, employé de bureau, médaillé blasé de l’année. « Oui oui », « Non non », « Ouais mais non, ne vous inquiétez pas » sur un ton robotique et monocorde qui veut subtilement signifier « Ta gueule ». Une porte de prison en moins sympa, le mec. Sérieusement, qu’est-ce qu’ils ont tous dans cet organisme de merde ? Et je dis ça quand bien même ils ont allongé 15k/€ pour moi. Ca fait plus de six mois que je deale avec eux, et pas une fois je suis tombée sur quelqu’un doté d’un taux d’humanité dans la moyenne haute. Alors oui, ils font un boulot aliénant et répétitif, oui c’est dur et fatigant, mais ils ne sont pas les seuls. Et ils sont payés. Moi aussi je sais ce que c’est les cocos, je trime depuis deux ans dans un taf de merde, hein. Il est certes utopique d’espérer garder la fraîcheur et l’enthousiasme des premières années, mais ça ne coûte rien de répondre de façon professionnelle et courtoise à deux putains de questions auxquelles tu as les réponses, Robert.
Peut-on rester punk toute sa vie ? Je relis les archives de vos blogs, 2005, 2006, 2007 et force est de constater qu’un grand principe se dégage: si on y travaille. On a plus de choses à dire quand on est en construction, instable et qu’on ne sait pas encore de quoi sa vie sera faite. La folie de la jeunesse comble tout: la naïveté, l’arrogance et même le manque de talent littéraire ; on lit, on baise et on écrit en sachant qu’on n’a pas de futur, que ce qui compte c’est uniquement l’ici et le maintenant. C’est ce qui fait la valeur de ces écrits. On lutte contre l’adversité mais on aime la vie, et ça se sent. Et c’est tellement plus fascinant que quand, en 2009 et 2010, tu te gausses de « ce super projet secret dont je ne peux rien dire », cette « incroyable soirée à laquelle j’ai participé pour telle grande marque » ou de ce « méga voyage à l’autre bout du monde » de gros bourge que tu t’es payé avec ton salaire de bâtard en CDI grochiant.
Je dis ça parce que je me rends compte que j’ai sûrement fait durer cette période plus que de raison. J’ai mis du temps à accepter de grandir. Certes je galère, j’ai postposé mes études pour vivre une vie complètement dissolue à Paris entre 2007 et 2008 et un peu normale depuis. J’ai toujours fui les colocations, l’engagement à deux, tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une stabilité quelconque. Je m’en suis longtemps voulu, hein, mais finalement j’ai compris: si je me stabilise, je vais confire, parce que ce n’est pas encore le moment. Je ne resignerai probablement pas pour la vida loca de mes early 20′s, mais je veux voir le monde et ne m’arrêter que lorsque je saurai que je suis arrivée au bon endroit, au bon moment. Depuis des mois déjà, l’envie de quitter Paris occupe mes pensées jours et nuits, lancinante, harcelante. Je veux juste une sécurité avant de me lancer: mon diplôme. Il n’est plus question maintenant que de prendre son mal en patience car en octobre, c’est formation, stage et bac +4. Et après, enfin, je serai libre.
Ce qui serait juste génial, c’est que j’endigue la flemme qui s’est emparée de moi depuis la semaine dernière. Je n’ai même pas fait ma déclaration d’impôts et ça commence à urger sévère, un ménage de printemps s’impose à l’appart (qui est en travaux pour 3 jours, lolilol), il va falloir que je finisse sérieusement les cours du CNED cet été, je me challenge de terminer mes nouvelles avant octobre, et pour suivre ces fameux cours de guitare par webcam avec le Mélomane, et puis tiens j’aimerais bien me remettre au japonais pour de vrai. C’est pas comme si j’avais tous mes cours complets de première année dans un tiroir de commode et la méthode Tell Me More à 150 boules avec CD 1, 2 et 3.
Mais en vrai, le mégachallenge, le boss de fin, c’est quand même retrouver le goût de la lecture.
(Et le bonus stage c’est de savoir si je prends la peine d’écrire ce long message, puis de l’envoyer en ne sachant pas si ça va karmiquement modifier quoique ce soit à la situation actuelle.)