Une fois n’est pas coutume, je vais éviter SensCritique et mettre en attente mes élucubrations sur Margaux Entertainement pour vous parler d’un bouquin qui m’a vraiment, mais alors vraiment plu.
Et là, j’ai comme l’insidieuse impression d’écrire un fadasse « coup de coeur » pour un magazine féminin. Mais ne vous inquiétez pas, je vais faire ça bien, on n’est pas des sagouins ici.
Le livre s’appelle donc « Comment (ne pas) devenir Parisien », a été écrit par Caroline Rochet et est tombé complètement par hasard dans mes mains.

Pour commencer, il faut vous dire qu’un garçon que je connais habite dans un des quartiers les plus bobos de la planète, à savoir le Xe, près du Canal Saint-Martin. Un endroit étrange où les gens se promènent avec des ballons roses en attendant leur pizza Flamingo et font la queue une demi-heure dehors pour un bo bun à emporter au « Cambodge ». Un lieu où la drague au bord de l’eau crado qui clapote semble la chose la plus romantique au monde. C’est aussi là que se trouve, nichée dans la rue Bichat, une incroyable petite boutique qui répond au doux nom de Pop Market. [Hors sujet, mais je verrais totalement le bouquin d'Elixie être vendu ici.] Donc, concept store = objets totalement inutiles mais absoluments tordants pour un prix relativement modique. On y trouve indistinctement: un kit à vasectomie rétro, des cahiers de « choses à faire », des moules à glaçons space invaders, des guirlandes éclectriques de toutes les couleurs, des portefeuilles et cahiers fifties, des télécommandes à orgasmes et des gloss en forme de cupcakes. Autant dire que tout le monde y trouve son compte. Et effectivement, c’est dans ce havre de paix que j’ai déniché, des bulles dans les yeux, « Comment (ne pas) devenir parisien », ouvrage au titre qui m’a immédiatemment interpellée.
Parce qu’ensuite, il faut que je vous dise: Paris et moi, ça fait cinq ans déjà. Et je mentirais si je disais que la routine n’a pas entamé notre amour. C’est-à-dire que dernièrement, avec ses métros bondés, ses odeurs tenaces et son atmosphère guindée réac + relous du métro en rut, je la supportais plus que je ne la vivais, avec la furieuse envie de la quitter pour un ailleurs plus chantant. A propos, une fois n’est pas coutume, j’ai été touchée par un post de sskizo, celui où elle parle de cette haine mâtinée de nostalgie qu’on peut ressentir face à Paris. Cette envie qui nous prend parfois, après une journée harrassante peuplée par des cons de première, de regarder la tour Eiffel de lui crier « SALE PUTE ». Ce désespoir qu’on peut éprouver à être enfermé, même dans la plus belle ville du monde.
En bref, après avoir lu deux paragraphes, c’était décidé: j’allais acheter ce bouquin. Et ceux qui me connaissent savent que c’est une gageure: dans mon 23m², pas de place pour stocker des livres ; je suis donc une grande emprunteuse devant l’Eternel. Eh bien mes amis, j’ai passé mon dimanche à me gausser au lit en culotte en lisant ce bouquin. Trop de « guides humoristiques » nous sont vendus comme hilarants alors que le ton reste très basique et mainstream, façon lectorat de TéléLoisirs. Ici, point d’esbrouffe, l’auteur pourrait tout à fait être ta copine à l’humour acide et dévastateur qui te raconterait sa soirée sur Gtalk, l’haleine chargée et l’oeil brillant, avec force détails rocambolesques. Une plume vive et un sujet maîtrisé, les codes et clichés parisiens sont détaillés au rayon X et retournés de manière hilarante. Tout le monde en prend pour son grade avec une autodérision et un sens de la formule en roue libre. Les sujets les plus divers sont impitoyablement évoqués: les qualités et défauts du parisien et de la parisienne, l’attachement presque hystérique à son arrondissement, la panoplie idéale (Blackberry ou iPhone, choisis ton camp), comment surnager dans le flot culturel que la ville nous envoie à la figure, etc. etc.
Cerise sur le gâteau, il est évident que Caroline Rochet possède une culture internet tout à fait conséquente, les allusions à celle-ci couvrant un large spectre, de Facebook à la Blogothèque en passant par le site Gaydar et Wow Magazine. Une lecture joussive donc: j’ai passé le week-end à en déclamer des extraits aux gens à côté de moi et j’ai fait le test « Quel Parisien sommeille en vous » au moins trois fois.
Mais fi de bavardages, quelques extraits n’ont jamais fait de mal à personne.
Ah oui, bien sûr, c’est évident: les Parisien(ne)s sont snobs. A l’affut de la dernière mode, conditionnés par la hype, parfaits petits soldats de la branchitude, amoureux éternels du must-have et autres places-to-be, les habitants de la ville ne jurent que par les lois de la mondanité. La vraie Parisienne lit ELLE, où on lui dit que le gris est le nouveau noir, qu’il faut boire des smoothies, et que si elle ne vénère pas le dernier prix Renaudot, elle peut immédiatement penser au suicide social. Le Parisien lit Libé, fuit les lieux branchouilles pour préférer l’underground (ce qui est exactement pareil, et c’est là que sa naïveté est touchante), préfèrerait être décapité place de la Concorde plutôt que de s’habiller à La Redoute, et clame partout qu’il s’y connaît bien en vins.
Comment conduire son bicycle à la parisienne ?
Pour bien conduire à Paris, c’est simple: il suffit de faire n’importe quoi. Et pour le justifier, vous bénéficiez magiquement de deux cris de guerre: le prémier étant « Hé ho ! Je suis à vélo, je suis le plus fragile, moi ! », le deuxième étant: « Hé ho ! Je suis à vélo, je ne pollue pas, moi ! »
En effet, parce que vous êtes le plus faible et que vous ne produisez comme CO2 que celui sortant de vos humbles poumons, vous pouvez absolument tout vous permettre: rouler à contresens, faire la course sur les trottoirs, gueuler contre les engins motorisés, vous garer n’importe où, insulter les forces de l’ordre, et bien sûr, surtout et avant toute chose: GRILLER LES FEUX COMME DES TERRORISTES SOUS ACIDE. Ca, c’est votre péché mignon, votre botte secrète, et c’est aussi la raison pour laquelle vous râlerez comme des pendus quand les flics vous colleront une amende de 90 euros pour cause de passage au rouge (vous ne comprenez pas: c’est pourtant votre droit, non… ?)
En résumé, avec cet ouvrage, Caro (ouais, maintenant c’est Caro, elle est trop sympa pour que je l’appelle Mme Richet) a réussi le tour de force de m’intéresser à nouveau à Paris. Mon humeur gloomy des derniers mois aidant, j’en avais presque oublié qu’à Paris, il y a tout un tas d’activités drôles à pratiquer, de sorties à faire, de gens à rencontrer et de clichés à perpétuer joyeusement. Merci de me l’avoir rappelé.
« Comment (ne pas) devenir Parisien », Editions Leduc.s, 12,90€.
Ps: Caro, si tu me lis, ouvre un Twitter, sérieusement. Il faut qu’on discute et que tu me files tes tuyaux pour faire tout ce que répertorie ton livre avec moins de 5000€ par mois. Bisous.