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mars, 2011

  1. Turning point

    mars 30, 2011 by Babymelaw

    Namaste bonnes gens, namaste.

    Je prends un peu de temps pour poster parce que bon, il est temps. Tout ça pour dire qu’en ce moment, certaines pensées me dégoûtent. Penser par exemple au racisme ambiant et à la connerie bas du front du « bon sens près de chez vous » me dégoûte. Penser à Sucker Punch me dégoûte -faire une critique de ce « film » ne serait même pas drôle tellement ça relève du tirage sur ambulance.

    Demain, c’est mon dernier jour de formation. Demain, j’ai enfin fini les cours, les examens, le 9h-17h. Demain, je rends mon dossier sur le métier de secrétaire de rédaction, et vendredi je pars en stage. Je ne suis pas stressée (du moins pas encore), et j’envisage plusieurs choses.

    Déjà, remettre de l’ordre dans ma vie. Depuis plusieurs mois, je suis très à cheval sur les activités hors boulot où je trouve vraiment de l’oxygène. J’essaie de m’astreindre à une heure de guitare par jour parce qu’à ce rythme, en un mois on progresse vite. Comme tous les indies kids, j’aime à clamer que le sport c’est trop nul, mais en vérité j’adore la piscine, surtout entre avril et septembre, donc je m’y remets. Et puis aussi, je me suis inscrite dans un super centre de yoga juste à côté de la maison, can’t wait, trop bien. Par contre je détesterai toujours courir.

    /section emo

    Continuer sur ma lancée de nettoyage relationnel. Récemment, j’ai compris que les amitiés zombies que j’entretenais me faisaient plus de mal que de bien. Quand j’ai quitté Facebook l’année dernière, effaçant 350 amis, 400 photos bourrées et autant de statuts codépendants, j’avais déjà arrêté d’entretenir cette fausse sensation d’une « grande famille ». Mais en début d’année, j’ai réalisé que je courais après du vent en m’accrochant à des « relations-souvenirs », ce genre de situation où tu vois la personne plus pour votre passé commun que pour les moments actuels vécus ensemble. C’est sûrement un de mes plus grands défauts (en plus de celui qui me fait arriver en retard): vivre dans le passé relationnel. Je garde toujours dans un coin de ma tête le paroxysme qu’ont connu mes relations. Ainsi, quelqu’un que j’ai passionnément aimé il y a cinq ans gardera toujours cette aura mystérieuse, même si aujourd’hui nous ne partageons plus que des minables interactions & d’insignifiantes connaissances en commun. Mais j’ai décidé de changer. En partie parce que le monde tourne toujours plus vite que moi: les gens qui t’embrassent un jour te giflent le lendemain, l’indifférence succède vite aux sourires. C’est une variable d’ajustement que je n’ai toujours pas assimilée, et j’en ai marre d’en souffrir, d’aimer toujours alors que l’autre est parti depuis longtemps. Alors maintenant, je ne m’accroche à rien ; si je passe de bons moments avec les gens, tant mieux, mais plus question de me rendre malade parce que les choses ne vont pas tel que je l’espère. Si je suis si détestable par mes défauts, eh bien qu’on me déteste. Puis qu’on m’oublie.

    /section emo

    Ceci posé, j’ai pris une décision: Aucun Rapport va devenir le support de mes réflexions sur la culture et l’actu en général (du ciné ! de la musique ! de la kpop ! des séries ! de l’internet ! de la politique ! de la photo ! du people ! du lol !), et pour ceux que ça intéresse, je vais ouvrir un endroit (sécurisé par mot de passe, hinhin) pour mes épanchements plus personnels (pensées métaphysiques, projets secrets de domination du monde, posts émo). Donc VOILA, je m’occuperai de tout ça ce weekend, normalement. (J’ai tellement de trucs à faire ce weekend, je vais dormir deux heures je crois)(j’essaie d’apprendre à lire à Simba, talk about some consuming time)

    See you later, alligator.


  2. Flaw-less

    mars 24, 2011 by Babymelaw

    Hum, je constate un manque flagrant de kpop sur ce blog récemment. Remédions-y au plus vite.
    Girl’s Day ! Trop cool, cinq minettes qui portent une chanson sur leurs épaules avec humour et mignonnité à l’asiat.

    (Dois-je préciser que je m’entraîne au Red Dragon tous les jours dans ma salle de bains depuis la sortie de ce clip ?)


  3. Evololution

    mars 23, 2011 by Babymelaw

    J’ai menti. Me revoilà.

    En vrai, c’est toujours quand on a du boulot qu’on est soudain très occupé à faire autre chose. Donc c’est soit ça, soit je retourne essayer de débloquer Orochimaru sur Naruto Storm PS3. Bon. Il y a trois ans, on m’a offert un petit appareil photo numérique trankilou, type mini kodak. Malheureusement, il n’a jamais pris que des photos ridiculement crades. (Cf mon profond désappointement new-yorkais). Après une longue remise en question des mes non-talents de photographe, ma rencontre traumatisante avec des photographes professionnels durant ma formation m’a mené à une douloureuse prise de conscience: je ne pourrai pas prendre de belles photos tant que je carburerai avec du matos sous-qualifié. Autrement dit, un appareil de noob fera toujours des photos de noobs.

    Cette cruelle déconvenue aura quand même eu l’avantage de me faire découvrir les banques d’images gratuites, véritable nid à photo d’esprit Cogip qui seront parfaites pour mon dossier de fin de formation.

    Le temps presse, l’horloge tourne, j’ai pas le temps mon esprit vit ailleurs et InDesign, cet enfant de salaud, refuse de fonctionner entre la maison et l’école. Ce qui me condamne à travail sur un seul lieu unique (que je n’ai pas encore choisi)(puisqu’effectivement je n’ai toujours pas commencé)(un truc que je dois rendre dans exactly une semaine)(tout va bien, ne paniquons pas et sortons calmement par les issues de secours). Bien sûr j’en ai rien à faire que tout le monde ait l’air d’avancer plus vite que moi, puisque c’est exactement dans ces moments-là que je ressens le besoin incompressible de pondre des notes de blog tout à fait eurêkesques (j’invente aussi des adjectifs).

    Ceci étant dit, j’ai recommencé à mettre de l’argent de côté, une centaine d’euros environ par mois. Il est temps de vraiment essayer d’avancer dans mes projets: j’espère que je pourrai trouver un appareil de qualité qui ne coûterait pas la peau des yeux, surtout que j’envisage de voyager d’ici la fin de l’année. Loin. Dans un pays d’où je ne parle pas encore la langue. (C’est pratique).

    Je reviendrai. Je ne résiste pas, il faut que j’aille jouer à Naruto en pensant à Elizabeth Taylor qui a la fin de sa vie disait « J’en ai fini avec le mariage, mais pas avec les hommes, ce ne serait pas réaliste ». Bonne façon d’envoyer chier les pisse-froid qui n’hésitent pas à updater sa page Wikipédia à coup de « eh salope » alors qu’ils encensent playboys et batteurs de femmes à la Charlie Sheen dans le même temps. T’avais la classe Liz, les diamants et la classe. Ce qu’ils n’auront jamais.


  4. Stress-ssss-sss-s

    mars 22, 2011 by Babymelaw

    Mmmmh non non, je ne suis pas du tout stressée par l’embouteillage de to do things qui se profile dans les deux semaines à venir. Pas de vacances prévues avant cet été, un travail écrit à rendre pour vendredi que tout le monde semble avoir déjà monté sur InDesign alors que je n’ai même pas commencé fini la rédaction sur Word, un examen de correction/mise en page sur trois jours, un quiz d’actualité la semaine prochaine et un stage quelque jours plus tard…

    NON NON JE NE STRESSE PAS CA VA C’EST BON LAISSEZ-MOI TRANQUILLE VOYONS MONSIEUR

    Je crois que je vais arrêter d’avoir une vie pendant quelques jours, et revenir quand le gros de l’orage sera passé. Bisous, soyez sages, surveillez les bloggeuses mode et les vidéos de bébés fous en mon absence.


  5. Mon agence vit toujours au 19e siècle

    mars 11, 2011 by Babymelaw

    Je suis vraiment et sincèrement horrifiée par ce qui arrive aux japonais en ce moment (les tremblements de terre et les vagues sur BFM sont ahurissantes de flippance) mais franchement, ça va pas mal péter aussi lundi quand je vais me rendre rue Oberkampf au service gestion de [bip].

    Ces gros bâtards. (Ce post sera émaillé d’insultes, veuillez ne pas être troublé dans votre confort de lecture).

    Tout a commencé back in 2008 quand j’ai loué mon appartement, un petit 23m² cosy (et fissuré) à Parmentier. Déjà j’aurais dû me méfier. Dû me douter que j’avais à faire à des branquignoles de compétition. Comme toute accédante à la location parisienne, je remplis un gros chèque comprenant mois en cours, caution et frais d’agence – autant dire un bon petit pactole, en demandant expressément à ce qu’il ne soit encaissé que dix jours plus tard. « Pas de problème », s’empresse-t-on de me répondre, la bouche en cœur. Le chèque est déposé trois jours après sur mon compte et fait péter l’autorisation de découvert. Déjà, ça refroidit. Mais bon, joie & papillons dans le ventre, j’ai enfin un appart à moi où je peux me bourrer la gueule en écoutant du shoegaze pendant que je m’épile. Je laisse pisser.

    Je signale dès le début, arrangeante, la nécessité d’entreprendre de menus travaux: réparez-moi cette chasse d’eau qui fuit, débouchez-moi cet évier qui fait des bulles, refixez-moi cette poignée branlante, eh vous avez remarqué qu’il manque un volet ? Cahin cahin, mi-figue mi-raisin et autres figures de style évoquant le manque d’empressement, les gros blaireaux s’exécutent. Il faut gratter quand même, comme une miséreuse. Constatant qu’au moment de mon entrée, on m’avait assuré que ces petites moisissures vertes que j’apercevais dans la salle de bain seraient éradiquées dans les deux mois, j’avais, pauvre folle, confiance. Confiance en ce monde de salauds. (A tous les enfants qui nous lisent, croyez Annette Benning dans American Beauty qui répète à sa fille hébétée: « You can only count on yourself » parce que c’est vrai. Le monde entier veut votre argent et votre intelligence. Soyez sur vos gardes.)

    Ma confiance a commencé à se coucher sur le pays de notre relation quand six mois plus tard, je n’ai toujours rien vu venir. Et elle s’est suicidé sans laisser de mot quand un beau jour, une souris est sortie de ma salle de bain pour se faufiler dans mon salon. WTF ? WTF WTF WTF ?!!? Ah Gribouillette, responsable de mes premières crises d’hystérie nocturne et des quatre six courriers recommandés avec accusés de réception rageux à l’agence. Qui demeurèrent, tels de las perroquets insolents, sans réponse. Et pendant ce temps-là à Staphilocoqueland, la verdure moisie gagnait du terrain sur la salle de bains, devenant dangereusement dégueulasse. C’est un an et demi plus tard, après plusieurs appels et visites nerveuses avenue de la République, un passage de la proprio qui était entre deux avions pour les US (et ben ouais) et un déménagement mental quasiment établi qu’un ouvrier est venu faire les travaux. Six mois avant que je parte, en gros. Su-per. Enfoirés.

    Vient la partie douce amère de l’histoire d’amour que je vis avec cette agence de sales cons. Je donne mon préavis en décembre 2010, je passe une annonce sur les autoroutes de l’information et transmets une shortlist de 20 personnes intéressées par l’appartement, dans le but de pouvoir partir avant trois mois. Fin janvier 2011, je rends un appart nickel, amélioré par les travaux et soigneusement nettoyé. Je signe l’état des lieux, je me TIRE, on me promet le retour de caution avant deux mois. Je donne ma nouvelle adresse. Et… quinze jours après, je reçois une lettre. Ma caution ? Que nenni.

    Une relance pour impayé loyer de février 2011. Alors que je n’y suis plus, et que je sais de source sûre que l’appartement est reloué (le locataire m’a appelé pour des problèmes d’internets). Hum. Hum. Mon garant me prévient, bien urbainement, qu’il a également reçu un courrier lui expliquant combien je suis mauvaise payeuse et combien il doit avoir peur si je ne règle pas mon loyer AU PLUS VITE BIEN CORDIALEMENT. Grosses raclures de bidet. J’appelle, encore calme, et je tombe sur une ravie de la crèche officiant au service gestion, qui elle tombe des nues en apprenant que j’avais été relancée. (C’est bizarre, c’est quand même la même personne qui a signé les lettres). Ah ben oui, pardon, on s’est trompés, je comprends pas, en plus il y a un nouveau locataire, ah et puis j’ai votre nouvelle adresse, bon ben ne vous inquiétez pas, je rentre dans l’informatique que vous avez quitté le logement, encore désolée mademoiselle.

    Sales rats d’égout enduits de caca.

    Deux mois plus tard, soit aujourd’hui. Une lettre de [bip] dans ma boîte aux lettres. Cette fois, obligé ce sont mes 600€, par chèque ! Ah-ha. Une deuxième relance, encore plus énervée que la première, avec 50€ de frais supplémentaires, un rappel péremptoire de mon obligation de payer la location du 01 au 28 février 2011, alors que, je le répète, j’ai quitté le 11e depuis le 27 janvier. Avec bien sûr, copie au garant. Je tremble de rage, j’écume, je veux leur peau. J’appelle dès que je mets le pied dans l’appartement, évidemment ils sont fermés, c’est vendredi et il est OULA au moins 17h30. Bande de gros merdeux. Lundi, la colère du dragon va s’abattre sur la rue Oberkampf. Hide your wife, hide your child, je vais rentrer dans les locaux sans même faire la queue et hurler qu’on me rende mon chèque de caution et qu’on pende tout le monde haut et court.

    Le plus ironique dans l’histoire, c’est quand même que j’ai payé des frais d’agence pour avoir *ce* service.
    Dès que le locataire est en faute, on lui tombe dessus. Par contre, quand c’est l’agence qui déconne, elle se permet dans le même temps beaucoup de largesses et de manque de professionnalisme. Sérieusement, ils vont voir ce qu’est une hystérique, une vraie. Et je n’ai même pas mes règles.


  6. She can flap her lips all she wants

    mars 10, 2011 by Babymelaw

    A vous les Twitter haters,
    à toi la température ambiante en dessous du niveau de la mer,
    à toi le stress,
    à toi le Franprix près de l’école qui ne vend pas mon thé préféré,
    à toi le l’examen maousse costaud à venir,
    à toi la flemme légendaire,
    à toi le sommeil carnivore,
    à toi Eric Zemmour,
    à vous les bloggeurs vendus du uc,
    à vous les soirées alcool nulles auxquelles on oublie de m’inviter,
    à toi le forfait édition spéciale que j’utilise à 30% seulement,
    à toi la banquière du XIIe qui ne répond jamais à son putain de téléphone,
    à toi la France de Sarkozy qui s’enfonce joyeusement dans le nauséabond,
    à toi la funeste Mélanie Laurent,
    à vous les applis iPhone qui font tout planter,
    à vous les gens à la mémoire courte,
    à vous les pistonnés qui mangez le pain dans la bouche des honnêtes gens,
    à vous les tarés sous Tranxène qui ne peuvent s’empêcher de me mener la vie dure,
    à vous les cousins arriérés,
    à toutes les filles que j’ai aimé AVANT,
    à vous les fucking guerres qui menacent d’éclater dans les pays où je voulais aller,
    à toi le temps qui passe trop vite ou trop lentement mais jamais comme il faudrait,
    à vous les agriculteurs tortionnaires d’animaux (je vous vois),
    à vous les personnes pas drôles qui faites de « l’humour »,
    à vous les stalkers dérangé(e)s,
    à toi, bâtard de Charlie Sheen,
    à toi le troisième homme Marine,
    à toi l’employeur qui essaie de m’endormir discrètement,
    à vous les films français (hinhin),
    à vous les gens qui n’aimez pas la kpop,
    et à vous les abrutis qui écrivez « sa » pour « ça » et qui n’êtes pas foutus d’accorder un adjectif à un nom,

    JE DIS


  7. I’m on a drug, it’s called « statu quo »

    mars 7, 2011 by Babymelaw

    Je sais que c’est chiant, mais en ce moment je suis cette copine un peu reloue pour qui tout va bien. On me l’a redit aujourd’hui « Han mais ta vie est géniale en vrai, trop d’la chance ». Oué oué. J’en suis consciente. C’en est presque dramatique, quand je vois les emmerdes des autres. En même temps, j’étais dans le même bateau il y a deux ans, et j’ai battu des pieds comme un beau diable pour m’en sortir ; aujourd’hui je suis bien contente d’avoir pris la correspondance. Je pourrais faire une récap mais je crois qu’on a compris, amour, gloire, beauté, chat et stages, voilà voilà. Dans trois semaines, bye bye l’école (merci pour tout, @+) et bonjour rédaction jeune & dynamique à la plume virevoltante. J’ai hâte hâte hâte. Et pas encore peur. C’est louche.

    Je fais un grand appel d’air dans mes fréquentations, j’ouvre les portes, les fenêtres, j’en ai marre de mariner dans le même cercle de personnes depuis des années. Finies les « amitiés » bien intentionnées qui se moquent de ce que je peux éprouver ou penser. J’avoue aussi que j’ai du mal à conserver les choses, j’ai un gros problème avec le temps, qui me blesse non seulement en m’apportant de nombreux soucis (en gros, j’ai le temps de rien, je me bats contre la montre et j’ai toujours l’impression de ne pas faire/vivre/dormir assez), mais je blesse également les gens. Mon manque d’organisation me dessert, souvent en retard, parfois en galère telle que je ne peux pas venir, souvent crevée.

    MAIS JE TRAVAILLE A M’AMELIORER
    (ok, avec des rechutes)(mais quand même)

    Or donc j’ai rendu mon premier papier pour le journal de l’école, un parcours croisé entre l’Etrange Festival et la Villette Sonique. Résultat: il paraît que j’ai un style « jeune & pêchu ». Quand on sait que je fais partie du groupe très select des moins de 30 ans de la promo (trois membres), je pense que le compliment est à prendre avec des pincettes. Ceci dit, si j’avais des couettes, je serais Punky Brewster (à ce propos, je voudrais des Converse pour mon anniv dans une semaine o/)


  8. Reading is sexy

    mars 1, 2011 by Babymelaw

    Vous connaissez peut-être ce sentiment amer que l’on éprouve lorsqu’on perd un ami de vue. Et qu’on le perd à tel point que l’on n’arrive même plus à se souvenir du son de sa voix, au-delà des simples images mentales qui nous restent encore.

    Il y a encore quelques années, j’étais une lectrice acharnée. Depuis ma plus tendre enfance citadine (i.e. mes cinq ans et demi), j’ai été une littérovore. Je me rappelle encore ce jour où, assise sur les genoux de mon père dans la salle à manger, j’ai réussi à déchiffrer que b+a donnaient ba, et ainsi pu terminer l’histoire de Mowgli, relue par la suite tout mon soûl une fois emmitouflée dans mon lit. J’avais été violemment contaminée, marquée au fer rouge. J’avais demandé d’autres livres, ma mère m’avait fait faire une carte de bibliothèque, et j’avais passé l’été la langue tirée au-dessus de mots nouveaux et étranges. A la rentrée du CP, je savourais déjà mes petits Ours Brun en groupes de trois par semaine. Au primaire, Le Club des Cinq et tous les romans de Marie Aude-Murail. Au collège, Autant en Emporte le Vent et l’Alchimiste, et même jusqu’au lycée, j’ai toujours continué à lire, passionnément, et je me rêvais le plus simplement du monde en sœur Brontë ou en Simone de Beauvoir des années 90. A la fac, je lisais encore, les livres de littérature comparée, Gogol, John Dos Passos, Kawabata, et ceux que me conseillaient mes amis. Mais ma ferveur a commencé à décliner.

    Sans que je m’en aperçoive, le temps a passé. Et j’ai arrêté de lire.

    Ca fait environ deux mois que je stagne sur le même bouquin, « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estés. L’objet ne me déplaît pas, mais je n’y trouve qu’un plaisir modéré. En étant franche avec moi-même, je me suis aperçue que c’était le pénultième livre qui me fait cet effet. Qu’est-ce qu’il s’est donc passé ? Je suis complètement perdue. Je n’aime plus lire. Je n’y prends plus de plaisir. Je ne me cache plus sous mon plaid la nuit pour finir mes chapitres. A vrai dire, je lis beaucoup plus de blogs que de livres, et 2010 a sûrement été un record à ce niveau-là. Et je me sens vide, triste et désespérée. Désertée. Laissée seule et sans imagination, dans un coin au bord de la table. Lire me manque, mais je ne sais plus comment on fait.

    Et puis, la peur s’est insidieusement installée. Comment est-ce que je m’y prendrait pour renouer avec la lecture ? L’idée de tous ces livres que je n’ai jamais lu, de toute cette littérature contemporaine qui m’échappe complètement et dont se réclament les gens sur Sens Critique et dans les dîners ? J’ai essayé de retourner vers les classiques. Quelques Camus, un ou deux romans du XIXe siècle. Mais la machine est cassée, la magie n’opère plus, j’ai perdu les réflexes du lecteur. Le sens de l’aventure est loin; j’ai tellement peur d’un nouvel échec si le livre que je choisis m’échappe encore. J’ai adopté un mode de pensée qui m’empêche de profiter du simple plaisir de lire, sans arrière pensée. Je relis les livres qui m’ont guidée ces dernières années, du coup mon imaginaire tourne en rond et je végète dans une boucle qui n’en finit pas de se boucler.

    Secrètement, je suis jalouse, je pense à la lecture comme à un amour perdu auquel qui j’aurais moi-même renoncé. Impossible de lui en vouloir, mais à présent, comment réparer les choses et retrouver mon bonheur ?